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L’avenir du travail en débat, avec la participation d’orateurs internationaux

09 mars · 19h00

© Présidence portugaise du Conseil de l'Union européenne 2021 / Pedro Sá da Bandeira

La conférence de haut niveau sur l’avenir du travail, organisée dans le cadre de la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, a eu pour thème « Le travail à distance : défis, risques et opportunités ». Tout au long de la journée, plusieurs orateurs se sont penchés sur les changements survenus ces dernières années sur le marché du travail, et notamment sur les nouvelles modalités du travail et d’organisation du temps, la conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée et le droit à la déconnexion.

Séance I – « Le travail à distance : une vision générale des tendances, des opportunités, des défis et des risques »

Ce volet, modéré par le secrétaire d’État adjoint de la ministre, au Travail et à la Formation professionnelle du Portugal, Miguel Cabrita, s’est centré sur les défis du travail à distance, mis d’autant plus en évidence par la pandémie de COVID-19. Dans les 27 pays de l’Union européenne, 86 % des gens n’avaient jamais travaillé depuis chez eux avant la pandémie. C’est dans le nord de l’Europe que l’on trouve la majeure partie de la population en télétravail.


Le gouvernement portugais prépare actuellement un Livre vert sur l’avenir du travail au Portugal « afin de transformer les incertitudes en opportunités », dont le but est de règlementer les nouveaux modes de travail et de répondre aux défis de la qualification des relations professionnelles, notamment dans le secteur des plates-formes numériques et du télétravail.


La pandémie a précipité l’adoption de ce régime de prestation de travail jusque-là inconnu de la grande majorité des travailleurs européens. Les préférences des travailleurs et des employeurs semblent pointer vers des régimes hybrides entre le travail à distance et le travail en présentiel comme modèle le plus souhaitable à l’avenir.

Séance II – « Le droit à la déconnexion et la conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée »

Lors du second volet, modéré par la présidente du Comité économique et social européen, Christa Schweng a souligné qu’environ 37 % des travailleurs de l’Union européenne occupent des fonctions compatibles avec le télétravail.


Cette séance a été l’occasion de discuter de l’importance de la séparation entre la vie privée et la vie professionnelle, l’un des grands défis du télétravail. Une étude réalisée par l’Eurofund, en 2015, affirme que les travailleurs en télétravail déclarent se sentir plus contraints à travailler plus d’heures par jour et avoir plus de difficulté à se déconnecter de leur emploi.


Les nouvelles technologies compliquent le droit à la déconnexion et représentent de nouveaux défis, aussi en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes fournissent chaque année 2340 heures de travail domestique de plus que les hommes.


Il est donc essentiel de miser sur un dialogue social qui donne lieu à une législation spécifique, en profitant des bases déjà lancées par l’accord-cadre sur le télétravail de 2002 signé par les partenaires sociaux et par la recommandation du Parlement européen de 2021 sur le « droit à la déconnexion ».

 

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© Présidence portugaise du Conseil de l'Union européenne 2021

Séance III – « Accès à la protection sociale, représentation et implication des travailleurs, dialogue social et négociation collective sur les nouveaux modes de travail »

Le troisième volet de cette conférence a été modéré par la secrétaire générale adjointe de la Confédération européenne des syndicats qui a insisté sur l’importance de tirer les leçons de la crise de la COVID-19. Esther Lynch a également souligné l’insécurité ressentie par les travailleurs en cette période, matérialisée par la crainte de tomber malade, de perdre leur emploi ou leurs revenus et de ne pas recevoir la protection nécessaire pour continuer à assumer leurs charges mensuelles.


Il est essentiel de proposer des solutions équilibrées permettant de règlementer les nouveaux modes de travail, d’offrir un large accès à la protection sociale et de trouver un juste milieu pour réguler le travail à distance, en tirant les leçons de l’expérience de la pandémie.


Le mécanisme le plus fiable pour trouver des solutions équilibrées dans ce contexte est la négociation collective. C’est pourquoi l’on a considéré que toute initiative européenne en la matière devait s’appuyer sur un dialogue avec les partenaires sociaux.


Les orateurs jugent qu’il s’agit d’une condition fondamentale pour garantir la pertinence et l’efficacité des dispositions européennes dans le domaine du travail mais aussi sur le plan de la protection sociale.

Séance IV – « Régulation du marché du travail, efficacité des droits et des obligations légales, sécurité et santé au travail »

Le dernier volet de la conférence s’est penché sur la discussion concernant les nouveaux défis posés par l’application de la législation du travail en régime de télétravail et dans le secteur des plates-formes numériques de travail, comme c’est le cas des livraisons à domicile.


Les facteurs qui influent sur la sécurité et la santé au travail y sont difficiles à contrôler, aussi bien par les employeurs que par les autorités de surveillance. Des conditions de travail inadéquates font encourir des risques qui vont des problèmes de santé physique, comme les douleurs lombaires ou l’obésité, à des questions de santé mentale, dues à l’isolement, à des situations de stress ou à l’anxiété. Autant d’aspects qui ne sont pas contemplés par les législations actuelles sur le travail.


Les orateurs ont clos la conférence en affirmant qu’il était fondamental de règlementer le marché du travail dans le secteur de l’économie numérique. Le travail à distance exige une législation spécifique, qui doit être transversale à tous les pays, puisque les frontières physiques disparaissent quand le lieu de travail peut se situer n’importe où dans le monde.